Confiance et évaluation scolaire

La publication récente des résultats de l’enquête PISA a occasionné des commentaires publics de toutes sorte, je trouve intéressante la chronique de Thierry Pech ce matin sur France Culture : http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4755466

Thierry Pech part du constat apparemment incontestable d’un « chagrin » typiquement français, qu’il impute tout d’abord, classiquement, au « deuil de la puissance » censément consécutif au fait de ne plus être une puissance mondiale principale, puis à la défaite de 1940, que même l’enthousiasme du gaullisme n’aurait pas pu compenser dans les esprits, puis à la nostalgie de la croissance des Trente Glorieuses. Puis il invoque une institution : l’école, prenant pour prétexte la publication des résultats de PISA.

Alors qu’il ne la cite pas clairement sur ce thème, finalement Thierry Pech paraphrase alors largement Claudia Senik qui, dans un entretien le 3 avril 2013 à Rue 89, explique pourquoi le malheur français est largement causé par la scolarisation. L’enquête PISA met en évidence le caractère très inégalitaire des acquis des élèves : l’école produirait une « minuscule élite très performante » mais peinerait à « former correctement la grande masse des enfants qui lui sont confiés ». Pointant les modes d’évaluation des acquis pratiqués dans l’école française, Thierry Pech affirme que « ce système est très peu favorable à la construction de la confiance », « confiance en soi » ou « confiance dans les institutions ». Les jeunes Français préfèreraient ne pas répondre aux questions plutôt que de « tenter leur chance », par « peur bleue de se tromper » et par absence de goût pour la « prise de risque ». Cet état de fait serait dû à « l’obsession des notes » et « à la logique de concours ». La « psychologie expérimentale » montrerait en effet que « ceux d’entre nous dont le but principal est de faire mieux que leurs congénères sont également en moyenne les plus malheureux ». Après avoir évoqué les paroles de Richard Layard, économiste anglais s’interrogeant sur les relation entre richesse et bonheur, Thierry Pech conclut en suggérant de « revoir notre copie éducative si nous voulons être un peu plus heureux ».

Confiance et sentiment de bonheur sont ainsi placées en haut de l’échelle des valeurs, ce qui suppose que l’école se préoccupe de l’état émotionnel et affectif des enfants. La question du savoir n’est pas envisagée. Les références invoquées proviennent toutes deux d’une science économique rejetant à la fois la valeur marchande et l’efficacité industrielle pour leur préférer un objectif de bonheur universel. Mais qu’est-ce qui peut conduire des économistes à s’éloigner autant en apparence du cœur de leur discipline ? Pour utiliser un langage boltanskien, on pourrait dire que ces économistes, dont Thierry Pech se fait largement le porte-parole, substituent, au moins formellement, un principe domestique, tourné vers les émotions individuelles à des principes marchands (commerce, prix négociés sur un marché) et industriels (standardisation, efficacité). Le principe civique en est absent, lui qui est directement en lien avec l’égalité.